Lire un backtest sans se mentir
Un backtest flatteur est facile à produire. Voici les quatre questions à lui poser avant de mettre un euro sur la stratégie qu'il décrit.
Un backtest ne dit pas ce que votre stratégie va rapporter. Il dit ce qu’elle aurait rapporté, dans un monde légèrement plus simple que le vrai. La différence entre les deux est là où l’argent se perd.
1. Les frais sont-ils comptés ?
Une stratégie qui prend beaucoup de positions courtes en durée peut être rentable brute et perdante nette. Chaque aller-retour coûte : la commission, mais surtout l’écart entre le prix théorique et le prix réellement obtenu.
Sur un test qui enchaîne les opérations, ce frottement change la conclusion, pas la décimale. Si l’outil ne vous demande pas vos frais et votre glissement avant de lancer le calcul, le résultat qu’il affiche n’est pas exploitable.
2. Combien de règles avez-vous essayées ?
C’est la question qui fait mal. Si vous testez trente combinaisons de paramètres et que vous gardez la meilleure, vous n’avez pas trouvé une stratégie : vous avez trouvé le bruit qui ressemble le plus à une stratégie sur cette période précise.
Le symptôme est reconnaissable. La courbe est belle, mais elle s’effondre dès qu’on décale un seuil de peu — RSI sous 10 fonctionne, sous 12 ne fonctionne plus. Une règle robuste survit à un léger déplacement de ses bornes. Une règle sur-ajustée n’y survit pas.
Le contre-test est simple : la stratégie tient-elle sur une période que vous n’avez pas utilisée pour la construire ? Si vous avez optimisé sur 2015-2021, regardez 2022-2025 sans rien retoucher.
3. Que masque le résultat moyen ?
Un gain moyen positif peut cacher n’importe quoi. Deux chiffres comptent plus que lui :
- Le pire recul. De combien le capital a-t-il baissé entre son plus haut et le creux qui a suivi ? C’est le seul chiffre qui prédit si vous tiendrez la stratégie. Un recul que vous ne supporterez pas sera abandonné à son pire moment, c’est-à-dire au pire moment possible.
- La série de pertes la plus longue. Combien de trades perdants d’affilée le test contient-il ? Multipliez-le par deux : c’est ce que vous devez être prêt à encaisser sans changer de méthode.
4. L’univers testé est-il honnête ?
Piège classique : tester une stratégie sur les actions qui existent aujourd’hui. Celles qui ont fait faillite ou ont été retirées de la cote ont disparu de l’échantillon — et avec elles, une bonne partie des pertes. Le test se déroule sur une liste de survivants, ce qui embellit tout.
Le second piège est plus discret : les critères de sélection. Filtrer sur une capitalisation ou un volume actuels revient à savoir en 2016 quelles sociétés seraient grosses en 2026. Un filtre doit s’appliquer avec les données connues au moment du trade, pas avec celles d’aujourd’hui.
Ce qu’un bon backtest permet vraiment
Il ne prédit pas. Il élimine. Sa vraie valeur est de vous éviter de jouer sérieusement une idée qui ne tenait pas — et cela vaut largement le temps passé à le lire correctement.
Les performances passées ne préjugent pas des résultats futurs. Ce n’est pas une formule légale de bas de page : c’est la seule bonne façon de lire un backtest.